Les films d'amour méconnus

24/02/2021 Par Izia Rouviller Daniel Alfredo Gomez et Théo Delabarre

En ce mois de Février, l’amour a été à la fête, encore et toujours. Alors à La Salle Obscure, nous avons pensé à vous parler de ce thème, mais comme toujours, on ne fait jamais comme les autres. C’est ainsi que vos rédacteurs préférés se sont penchés sur les films d’amour, en choisissant des films d’amour méconnus à vous faire découvrir. Alors venez avec nous, plein d’amour, pour parler de ces quelques films de cœur inconnus au bataillon.

- J.M

Amour éphémère pour l’éternité

Before Sunrise

Richard Linklater, 1995

Le récit de la vie

Richard Linklater est un cinéaste du temps. L’action est secondaire face à l’émotion et importance du moment mis en scène. Before Sunrise est un manifeste de cette volonté, à recréer ce qu’il y a de plus spontanée et véridique des pulsions humaine. Le cadre est idyllique, Vienne dans à la fin du vingtième siècle. Jesse, interprété par Ethan Hawke et Céline, interprétée par Julie Delpy sont deux personnes avec lesquelles l’amour n’a pas été bienveillant. Leurs histoire est un moment du destin que l’on ne peut pas prévoir à l’avance. Jesse se dirige à Vienne pour retourner aux États-Unis après avoir terminé une relation à distance. Céline de son côté viens de visiter sa grande-mère, ayant finit également finie une relation, car elle avait aimé trop l’autre personne.

Le scénario de ce film comprend donc deux personnalités romantiques, où le cynisme de Jesse se verra bouleversé par l’honnêteté de Céline, avec laquelle il accédera à passer une nuit bouleversante, par la compagnie de l’autre. La fin de l’histoire n’est jamais occultée, puisque chacun sait qu’il ne reverra pas l’autre. L’amour se déploiera par conséquent avec beaucoup plus de facilité, par le fait de se confier à l’inconnu, même si celui semble être l’âme sœur de l’autre.

Linklater répond donc à une question simple, est-ce que l’amour éphémère existe? La réponse doit être oui, Before Sunrise est la preuve. Il s’agit d’un récit qui prouve tout par le déroulement d’un scénario scrupuleusement écrit et amélioré par les deux comédiens, qui ne peuvent pas cacher leurs complicité. Tant fut le succès de cette formule que Linklater adapta l’histoire et la transforma en trilogie, chaque film étant séparé par une durée de neuf ans, à l’intérieur comme à l’extérieur de la diégèse. C’est la formule Linklater, respecter le temps comme Tarkovski l’aurait voulu. Ce cinéma contemplatif respecte la linéarité du temps et célèbre des moment que l’on ne saurait pas apprécier dans la vie réelle, et cela ne peut être que la forme la plus pure d’amour mis scène dans le cinéma.

- Daniel Alfredo Gomez

Doctor who, The Movie.

Geoffrey Sax, 1996

«Quoi? Il y a bien écrit Doctor Who? mais ce n’est pas une série qui parle de voyage dans le temps avec une cabine de de police des années 50 avec David Tennant?»

Alors, oui, mais pas que!

Doctor who est une série mythique qui existe depuis 1963 et qui continu encore aujourd’hui. Cette série a fait une pose entre 1989 et 2005 et dans ce creux se trouve le film dont je veux vous parler (oui c’est un téléfilm mais ce n’en est pas moins un film aux vues des moyens déployés).

En 1996 sort donc sur le petit écran le film Doctor Who, réalisé par Goeff Sax et scénarisé (réécrit beaucoup de fois) par beaucoup de monde mais on retiendra Mathieu Jacobs, qui est arrivé chez nous sous le nom de Docteur Who: Le Seigneur du temps. Un titre qui me fait bien rire mais qui est pourtant pertinent. Alors, au sein de cette revue, vous êtes en droit de vous demander quel est le rapport entre Doctor Who et un film d’amour pas très connue. C’est justement parce que ce film en est un.

Sur la planète Skaro, le maître, plus grande ennemie du Docteur, est condamner à mort et exécuter. Le Docteur est chargé de ramener ses restes sur leur planète natale, Gallifrey. Seulement, le Maitre à survécu au travers d’une flaque translucide, se libère et fait apparaitre le Tardis, la cabine de police plus grande à l’intérieur qui voyage dans le temps et l’espace, au milieu d’une fusillade à San Francisco le 29 décembre 1999. Le maître s’échappe et en le poursuivant, le docteur est abattu. Le plan du maître va être de s’introduire dans le Tardis à nouveau et de mettre en place un piège pour voler les vies restantes du Docteur. Il sera déjoué par un Docteur épique fraichement régénéré, dans un final plus ou moins, qui quittera San Francisco après avoir embrasser la chirurgienne qui l’a tué sur la table d’opération car elle ne pouvait pas savoir qu’il avait deux cœurs.

Vous me direz, où est la romance là-dedans? Et bien elle est dans la relation entre Grace et le Docteur ainsi que dans l’ambiance qui est mise en place dans se film. Après l’introduction qui voit donc l’exécution du maître joué par Gordon Tipple puis par Eric Roberts, et le générique, en poursuivant une narration en voix off par Paul McGann qui joue le huitième Docteur, on voit le septième Docteur, jouer par Sylvester McCoy se la couler douce dans le Tardis écoutant une chanson nommée I called out your name (In a Dream),chantée par Pat Hodges. Et devinez quoi? c’est une chanson d’amour! Et elle est également jouée avant le générique de fin., comme pour fermer cette parenthèse amoureuse. Ensuite, une autre œuvre musicale va se présenter et permettre une mise en relation entre le Docteur et Grace à savoir un passage de Madama Butterfly de Puccini, qui est une œuvre qui met le personnage de Cio Cio San, déchirée entre deux cultures, celle du Japon et de ses ancêtres, et la culture occidentale américaine de la personne qu’elle aime (qui est un sale type pour rester polit). On a encore une thématique sentimentale apporté en terme musicale et c’est en parlant de cette œuvre que le Docteur va reconnaître Grace et que par la suite il va se souvenir de qui il est (oui, il a une amnésie pendant le film).

Le film met l’accent sur la relation entre Le Docteur et Grace, sur leur relation amoureuse naissante qui a plus que l’air forcé, car on n’a pas le temps de tout bien développé correctement. Au début du film, Grace est avec un dénommé Bryan à l’opéra pour voir Madama Butterfly. Sauf qu’elle est appelée d’urgence à l’hosto et pour cette raison, son mec la quitte. Et donc par la suite elle voit un bel inconnu qui vient bouleverser sa vie, qui est là pour elle dans un moment aussi difficile alors qu’il n’en a pas vraiment conscience. Grace a du mal à croire à l’univers que le Docteur lui propose et va passer par le rejet, puis par l’acceptation, puis à nouveau par le rejet, puis encore l’acceptation. Bref ça va et ça vient (sans mauvais jeux de mots). Le tout entrecoupé de scènes d’action et de trois baisers, dont le final sous le feu d’artifice. Avec Grace, le Docteur se comporte tantôt comme un gamin, tantôt comme un adulte avec des propos simple en apparence et hyper sérieux. Pour illustrer la gaminerie, il y a la scène où le Docteur cours partout dans un parc parce que ses mocassins lui vont bien. Dans le sérieux, juste avant, il y a une séquence où le Docteur dit à Grace que c’est un rêve d’enfant qui a fait d’elle ce qu’elle est maintenant, elle qui voulait stopper la mort. Cela montre qu’il apporte un vent de fraicheur à Grace. Elle est en face de quelqu’un qui ne s’embarrasse pas de détail stupide, s’amuse d’un rien, a gout à la vie et l’encourage dans ce qu’elle fait, contrairement à Bryan qui n’a duré qu’une scène et dont on dira qu’il est remarqué par son absence dans tout les sens du terme. Grace de son côté à du mal à accepter tout ça, elle est en même temps fascinée et effrayer par cet extraterrestre qu’elle connait à peine. Ceci dit elle va suivre le Docteur dans sa course contre la montre et la destruction du monde et va réussir à sauver la situation. Elle et le Docteur se quittent en bon termes, chacun sachant quoi faire de sa vie et quel est son rôle dans cet univers.

Cela n’a rien de très original en somme, c’est même assez cliché pour être honnête avec vous. Alors pourquoi est-ce que j’en parle? Tout simplement parce que c’est la première fois dans l’histoire de Doctor Who que le Docteur est montré comme un être capable de sentiments amoureux pour quelqu’un. Cette idée sera reprise par la suite quand la série reprendra en 2005. Le Seigneur du Temps n’est pas à proprement parlé un film d’amour et c’est même en fait un Blockbuster nanardesque complètement cliché. Mais de toute façon un film n’appartient jamais totalement à un seul genre. Il aborde des thématiques diverses de par son cadre et de par les interactions entre ses personnages. Et à force d’y penser, j’ai fini par me rendre compte que l’amour était vraiment une thématique importante du film, maladroite et peu originale, mais importante.

Si vous aimez les films d’amour, vais-je vous recommander voir Docteur Who: Le Seigneur du Temps? Probablement pas. Avant de le voir comme un film d’amour, je le vois surtout comme un excellent nanar, un plaisir coupable mais que voulez-vous? Je suis comme ça. En revanche, il est parfait à regarder d’une oreille en étant serré contre la personne qu’on aime. Dans le cadre amoureux, il est une toile de fond à un bon moment

- Théo Delabarre

LA VOIX ARTIFICIELLE

HER

SPIKE JONZE, 2013

Dans un futur proche à Los Angeles, Theodore Twombly, homme sensible et solitaire, tente de se remettre de sa rupture avec son ex-femme. Son poste de rédacteur au sein d’une entreprise de lettres sur commande et ses rendez-vous téléphoniques érotiques ne le consolent que partiellement. Pour mettre de l’ordre dans sa vie, il se laisse tenter par un nouveau système d’exploitation doté d’une intelligence artificielle personnalisée pour chaque utilisateur : OS1, Samantha, her. Une voix brillante, comique et attachante, dont Theodore ne pourra vite plus se passer. Pour ce film d’anticipation à la Black Mirrorr et traçant une histoire d’amour entre un OS et un humain, Spike Jonze a reçu l’Oscar du meilleur scénario aux Golden Globes de 2014. Bien plus qu’un drame romantique, Her livre avec une lucidité déconcertante une réflexion sociale et philosophique sur les relations humaines contemporaines à l’ère du numérique.

Le film rend palpable de manière cinématographique cet interstice né de la rencontre entre deux réalités dissemblables: celles de la réalité sensible et du monde virtuel. Joaquim Phoenix crève l’écran de sa présence, à laquelle répond la voix entêtante et omniprésente de Scarlett Johansson, invisible à l’écran. On pense à La Voix humaine (1930) de Cocteau, où le monologue téléphonique amoureux d’une femme avec un interlocuteur hors-scène interroge déjà cette disjonction entre corps et voix. Car comment aimer ce qui n’a point de corps, et qui plus est n’est à première vue qu’un simple logiciel informatique ? Le film ne cesse de mettre en situation ces questions de la corporéité et de l’humanité de Samantha, qui semble avoir surpassé la programmation de son système par les considérations existentielles qui l’animent. Quel est le degré de réalité de cet être algorithmique, et de sa relation amoureuse avec un être humain ?

Certains auront été touchés par cette histoire d’amour atypique: pour ma part, l’ensemble de la relation entre Theodore et Samantha m’apparaît plutôt comme un narcissisme inconscient poussé à outrance, le personnage se réfugiant tristement dans le virtuel pour fuir sa morne réalité. Samantha n’existe nulle part ailleurs que dans son imagination : il s’agit de sa version intériorisée de la femme idéale, une sorte d’alter ego virtuel avec lequel il aurait fusionné, pratique en cela qu’il s’adapte à sa personnalité et constitue le substitut parfait afin de ne pas avoir à affronter la complexe réalité d’une vie de couple. La solitude de Theodore, qui se complaît dans une relation par essence inexistante, suscite une profonde mélancolie, d’autant que sa détresse prend vite une tonalité universelle. La société futuriste de Spike Jonze est peuplée d’individus évoluant à l’aveugle dans leurs bulles de solitude virtuelle respectives. Un monde sans excès d’artifices, étrangement réaliste et déjà palpable aujourd'hui, l’omniprésence quotidienne des technologies de télécommunication prenant déjà des accents dystopiques.

Pourtant, Her remet en question notre légitimité à valider ou invalider cette relation atypique. En effet, qui serions-nous pour poser un jugement de valeur sur un phénomène qui ne nous touche pas directement, sur ce qui se joue dans l’intimité de la personne concernée, et qui relève de sa seule volonté? Si ce type de relation la rend heureuse, n’est-ce pas là le principal ? Quoique Theodore souffre de l’issue de cette idylle, celle-ci semble finalement prendre une dimension thérapeutique, d'autant plus si l'on compare les premiers et derniers plans du film. Au début, un plan rapproché isole le visage du personnage dans le cadre, alors que le dernier plan le situe dans un plan très large, face à la ville, aux côtés de son amie Amy, comme une sorte d'ouverture au monde et à un potentiel nouvel amour. Sa relation avec un OS, aussi mensongère et destructive puisse-t-elle être, lui a malgré tout permis de se retrouver avec soi-même pour tourner cette page mélancolique de sa vie. La référence au peintre américain Cy Twombly (1928-2011) n’est d’ailleurs pas un hasard : le dilemme entre abstraction et figuration posé dans ses œuvres graphiques évoque les divagations sentimentales de Theodore, entre la tentation virtuelle d'une bluette complaisante et les délices sensibles de l'expérience concrète. Après tout, l'amour ne serait-il pas qu'une "forme de délire accepté par la société" ? Comme le souligne le critique d’art Pierre Restany : “Il n’y a ni syntaxe ni logique, mais un frémissement de l’être, un murmure qui va jusqu’au fond des choses.”

- Izia Rouviller